14/06/2007

Le goût du bonheur

 
reflecting sun

Je les croyais immortels.
Le soir dans mon lit de petite fille, en secret, je priais pour qu'ils le soient.
J'avais même fini par y croire puisque pendant toutes ces années, ils avaient toujours été là.

Leur présence chaleureuse me comblait d'amour, d’aise et d'affection.
J'étais chez eux, comme chez moi, même encore plus protégée.
Le matin, je me levais, la tête toute engourdie de cette nuit peuplée de ces rêves d'enfants qui, avec le recul, devaient être certainement plus doux que ces rêves d'adultes quelques fois un peu déroutants.
Comme à l'accoutumée, en me levant, je humais un délicieux fumet de lard (cuit à l’ancienne) qui, toujours, me mettait non seulement en appétit mais également de bonne humeur.
En entrant dans le salon, par rituel, je faisais mine de bouger mes narines en m'exclamant bien haut pour qu'ils m'entendent depuis la cuisine" tiens, cela sent bon le lard ici ! hum ! et les bonnes tartines à la cassonade ! »
Mes grands-parents, ravis de mon entrée et affairés à la cuisine comme des abeilles dans une ruche, me regardaient en souriant devant mon enthousiasme débordant.
Ils m’embrassaient pour me saluer et me demander si ma nuit avait été agréable.
Ils avaient pris la peine de ne pas me réveiller en fermant toutes les portes et m'attendaient depuis un moment avec le déjeuner en se demandant quand exactement j’allais émerger de mon sommeil.

Ils disaient que si je dormais beaucoup, c'est que j'en avais besoin.
Cela me donnait une excellente raison de me lever tard, ce dont je raffolais.
Mon réveil tardif n'empêchait pas le coucou de l' « horloge-chalet suisse » de sortir sa tête fluette de son logis en lançant un « coucou » tonitruant pour me signaler qu'il était déjà 9h.

Je dégustais les tartines au lard et à la cassonade avec délice et toute ma gourmandise enfantine.
Je savais que mon grand-père avait été chez le meilleur boucher du quartier pour y choisir un morceau de lard de tout premier choix.
Ayant connu la guerre, il restait extrêmement économe sauf pour la nourriture et surtout la viande.
Souvent même, il achetait un steak de cheval ou un poulet qu’il faisait rôtir pendant des heures en le badigeonnant de sauce.
Il était très fier de ses choix culinaires qui allaient, de toute évidence, nous fortifier la santé et nous rendre vigoureux.
Les repas étaient sacrés et rythmaient astucieusement toute la journée, entrecoupée par les promenades au parc (en vélo) ou par quelques courses.
Parfois, après les repas, je passais un peu de temps dans l’ancien fauteuil vert du salon qui me semblait si grand et enveloppant.
Je m’y sentais bien puisque c’était, en principe, "mon fauteuil ".
Mon grand-père avait le sien aussi et personne n’aurait osé y "siéger".
D’ailleurs, souvent il évoquait mon prénom avec un "ma" devant celui-ci.
Ce petit côté protecteur, exclusif et possessif me ravissait.
J’y décelais beaucoup de tendresse.
Nous parlions souvent du temps qu’il faisait.
Le sujet semblait même intarissable.
Nous évoquions en toute simplicité les nouvelles du voisinage, les courses de la journée.

Pour faire plaisir à ma grand-mère, nous écoutions les disques de Demis Roussos ou de Julio Iglesias en chantant et en dansant.
Le lendemain, nous remangions des tartines au lard et à la cassonade…

 

....et maintenant, je sais que c’était cela le goût du bonheur…

Commentaires

Coïncidence Mes parents sont allés voir "Âge tendre et tête de bois" à Reims. Demis Roussos est le chanteur préféré de ma mère. Nous écoutons souvent ses cd's.
Par contre, le côté cocooning chez les grands-parents, je n'ai pas connu.
Bonne fin de soirée et bonne nuit, bisous

Écrit par : Kardream | 14/06/2007

Coucou Kardream Il serait peut-être temps que je réécoute un de ses disques...sa voix hors du commun...

J'espère que tu vas bien...et quand je lis tes derniers écrits, il me semble que c'est le cas...

J'ai apprécié ton texte sur la petite fille...c'est un vrai baume sur le coeur...ainsi que la douceur et la fluidité de ta dernière création poétique...

Belle journée et bisous à toi.

Écrit par : sashana | 15/06/2007

Merveilleuse sensation de replonger dans le passé... Ce goût d'enfance qu'on aimerait parfois pouvoir revivre...

Écrit par : Pascoralt | 13/08/2007

coucou ma puce oui certains événements heureux devraient pouvoir être revéçus à volonté...bisous à toi

Écrit par : sashana | 13/08/2007

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